Notre lutte contre la précarité énergétique

Echanges avec Marie Moisan, Coordinatrice du programme Slime au CLER

Dans le cadre du mois de l'Economie Sociale et Solidaire, LogisCité a voulu faire un focus sur certains acteurs de l'ESS qui travaillent, eux aussi, pour accompagner les ménages en situation de précarité énergétique.

Focus sur le CLER, association ayant pour objectif de promouvoir les énergies renouvelables, la maîtrise de l'énergie et plus largement la transition énergétique.

Pouvez-vous vous présenter s’il vous plaît ?

Je suis Marie Moisan, j’étais jusque récemment animatrice d’un réseau national qui travaille sur la précarité énergétique qui s’appelle le réseau Réseau RAPPEL (Réseau des Acteurs contre la Pauvreté et la Précarité dans le Logement), co-animé par le réseau CLER et une autre association qui s’appelle Solibri. Et, je suis depuis début juin coordinatrice du programme national Slime [Service Local d’Intervention pour la Maîtrise de l’Energie], qui est un programme piloté par le CLER depuis 2013. Celui-ci permet de financer des actions de détections et d’accompagnement des ménages en précarité énergétique qui sont menées par des collectivités territoriales et des partenaires.

Le CLER, c’est une association loi 1901, qui existe depuis 1985. Elle rassemble et fédère environ 300 adhérents. Ceux-ci sont des structures professionnelles installées un peu partout en France, et de natures variées. C’est ce qui fait un peu la particularité du CLER : nous n’avons pas juste un type de structure, nous réunissons des associations, des collectivités territoriales, des organismes de formations, des entreprises qui sont adhérentes. Tous partagent une vision et une charte commune autour de ce que doit être la transition énergétique en France. Je définis souvent le CLER comme un réseau de faiseurs : nous sommes la tête d’un réseau de structures qui déploient des actions concrètes sur le terrain pour la transition énergétique. Le rôle du CLER est de montrer que cette transition énergétique est possible, et déjà en marche, si on s’en donne les moyens.

Le CLER est animé autour de 4 grands métiers, qui sont : le plaidoyer, c’est-à-dire, essayer de réunir les conditions pour faire avancer les politiques publiques et les décideurs publics dans les directions que nous estimons aller vers l’intérêt général en matière de transition énergétique ; des activités de gestion de projets et de programme, par exemple le programme Slime ; des activités d’animation de réseau : on anime plusieurs sous-réseaux thématiques au CLER qui sont en lien avec la transition énergétique, dont la précarité énergétique par exemple, mais aussi le réseau des territoires à énergie positive (TEPOS), le réseau format’ere (qui regroupe des organismes de formation sur la transition énergétique) ; et une activité d’information, de documentation, de veille active sur le sujet pour relayer tout ça à nos adhérents.

Comment s’organisent les Slime ?

Le Slime est un programme national ; ce sont des financements nationaux attribués dans le cadre d’un dispositif qui s’appelle les CEE - Certificats d’économies d’énergie. Des fournisseurs d’énergie et de carburant financent ce dispositif : ils ont des obligations à remplir pour faire diminuer les consommations d’énergie de leurs clients. Ces obligations se traduisent par le financement d’actions diverses, dont le programme Slime.

Au CLER, on définit la méthodologie globale de ce que doit être un Slime et on gère la coordination du programme. Il y a régulièrement des appels à candidatures à destination de collectivités qui veulent mettre en place un dispositif Slime sur leur territoire, et nous avons à charge d’étudier que le dispositif local qu’elles proposent rentre bien dans les clous de cette méthodologie. Et par la suite, on gère les financements, et on redistribue aux collectivités cette enveloppe nationale. Moi, je suis sur la coordination nationale du programme, c’est-à-dire qu’on reçoit les dossiers de candidatures des collectivités qui sont intéressées, on les valide, atteste, on aligne le programme au niveau national, on gère les financements du ministère, enfin des fournisseurs d’énergie, pour les redistribuer aux collectivités à qui on propose des outils. Par exemple, il y a un logiciel national qui s’appelle Solidiag pour les aider à faire leurs visites à domiciles, que nous avons créé et que nous gérons.

Solidiag est le logiciel qu’utilise l’équipe de médiation de LogisCité. C’est donc à ce niveau-là qu’on trouve le lien avec LogisCité ?

Exactement. En fait, on travaille avec Croix-Rouge Insertion - LogisCité depuis longtemps. Quand on a commencé, ce n’était pas encore LogisCité d’ailleurs, c’était Idemu [structure à partir de laquelle LogisCité a débuté]. Julie Solenne [ancienne salariée d’Idemu, puis directrice de LogisCité] travaillait avec moi là-dessus. On a monté ensemble un projet européen sur la précarité énergétique qui s’appelait Achieve. Il y avait plusieurs territoires d’expérimentation en Europe, dont Aubervilliers et le partenaire qui gérait Aubervilliers c’était Idemu. Au cours du projet, Idemu est devenu Croix-Rouge Insertion-LogisCité. Au début on travaillait sur des fichiers EXCEL, puis on a créé Solidiag et une formation pour les chargés de visites à domicile. C’était entre 2011 et 2014. (…) Au cours de ces 3 ans, il y a eu l’opportunité de répondre à un appel à programme du ministère sur les CEE donc on s’est dit au CLER : « on a des outils qui existent, on a une méthodo qui a fait ses preuves, qui va disparaître à la fin de ces trois années de financement européen si jamais on ne trouve pas un moyen de maintenir des financements ». Donc on a répondu à cet appel à programmes avec la méthodologie qu’on avait développée avec Croix-Rouge Insertion-LogisCité et le GERES [association engagée pour la transition énergétique] pour la rendre éligible aux CEE. Celle-ci est ensuite devenue le programme Slime.

Aujourd’hui, Solidiag, c’est l’outil de gestion pour les collectivités. En 2021, il y a une quarantaine de collectivités qui pilotent un Slime en France. (LogisCité travaille sur 2 Slime), et toutes nous font remonter leurs visites et leurs dépenses via Solidiag.

En quoi le CLER est une structure de l’ESS ?

Nous, notre entrée sur le sujet de la précarité énergétique c’est l’énergie, on a commencé à bosser dessus dans les années 1990. Le CLER est une vieille structure : on a créé à l’époque les premiers points infos énergie, (qui sont devenu les conseils info énergie, puis les espaces conseil FAIRE).

A l’époque, les conseillers infos énergie étaient confrontés à des travailleurs sociaux dans les territoires qui venaient les voir en leur disant « moi je rencontre pleins de ménages qui n’arrivent plus à payer leur facture d’énergie, ça devient trop cher ». C’est comme ça qu’on a monté le réseau RAPPEL en 2007 pour se mettre autour de la table et se dire, « il y a plusieurs acteurs locaux et nationaux qui travaillent sur le sujet, mais c’est quoi le sujet ?  C’est quoi les constats qu’on fait en commun ? c’est quoi nos demandes pour commencer à bosser sur ces sujets-là ? Qu’est-ce qu’on fait ? Quels outils on développe collectivement ? ».

Pour nous, la lutte contre la précarité énergétique est une condition sine qua non de l’acceptation et de la faisabilité de la transition énergétique. C’est comme ça qu’on intervient dans le domaine de l’ESS. La transition énergétique, on peut la faire au détriment des plus pauvres, ou on peut la faire de manière très inclusive et comme un outil de réduction des inégalités, donc nous c’est la deuxième option qu’on prend et c’est comme ça qu’on travaille sur  le sujet.

Notre crédo c’est vraiment ça : si on veut faire la transition énergétique, et il faut qu’on la fasse car on voit bien qu’il y a une « petite » urgence climatique, il faut absolument prendre en compte à chaque fois les plus modestes et s’assurer que non seulement on ne va pas les laisser sur le bord du chemin, mais que ça va vraiment améliorer leur vie.

Quel futur pour le lien entre le CLER et LogisCité ?

LogisCité est le relais régional de l’Ile-de-France pour le réseau RAPPEL. C’est un partenariat fort, de confiance : il y a une relation qui est construite dans la durée. Les relais régionaux c’est un peu les porte-paroles du RAPPEL sur la précarité énergétique. J’ai régulièrement des échanges avec LogisCité et particulièrement avec Charles Pénaud parce que pour nous c’est indispensable … On ne peut pas savoir dans quelle direction aller si on n’a pas des retours du terrain, on ne peut pas bosser sans nos adhérents… On est au service d’une cause mais aussi de nos adhérents puisqu’eux même sont au service d’une cause. Pour LogisCité, ça va se traduire par le fait que quand il y a des améliorations à faire sur certaines actions qu’on porte au niveau national sur la lutte contre la précarité énergétique, par exemple sur le programme Slime, je vais avoir des échanges privilégiés avec LogisCité pour savoir ce qu’ils en pensent, dans quelle direction se serait bien d’aller, quels sont les besoins qu’ils ont envie de faire remonter, etc. Je sais aussi que quand Charles a besoin de me dire des choses ou de me faire remonter des choses, et il m’appelle pour me le dire, ce n’est pas forcément à propos de leur structure en particulier mais pour le sujet commun sur lequel on travaille.

Est-ce qu’il y a des sujets particulièrement récurrents que Charles Pénaud vous fait remonter ?

Pour un certain nombre de retours oui, par exemple la difficulté de détecter les ménages.  Avec ma vision nationale, cela me surprend beaucoup, je ne comprends pas comment c’est possible qu’on n’arrive pas à détecter 100 ménages sur un territoire alors qu’il y a 2000, 3000, 4000 demandes de FSL Energie [Fond de Solidarité Logement, aide sociale] chaque année … Ça c’est des choses qu’on nous fait remonter, et qu’il est essentiel de m’expliquer, parce qu’il y a la manière dont on conçoit un dispositif à l’échelle nationale et la manière dont ça va se passer entre les services à l’échelle d’une collectivité. Si ça ne se passe pas bien, ça va rejaillir ensuite sur les partenaires opérationnels censés intervenir.

En parallèle, on travaille au développement de nouveaux outils ou projets. Par exemple, on doit développer des nouveaux modules dans Solidiag l’année prochaine et je compte solliciter LogisCité pour intégrer le groupe de travail qui sera constitué à cet effet, avec d’autres acteurs qui ont aussi le même genre d’outils, pour qu’on agglomère tout ça et qu’on arrive à trouver un outil qui satisfera le plus grand nombre et qu’on pourra lancer au national.

Interview réalisée le 27/07/2021 

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Le CLER - Réseau pour la transition énergétique (anciennement Comité de Liaison pour les énergies renouvelables) est une association française, agréée pour la protection de l'environnement, créée en 1984. Elle a pour objectif de promouvoir les énergies renouvelables, la maîtrise de l'énergie et plus largement, la transition énergétique

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